Perret, 25 bis rue Franklin

Une oeuvre pionnière du béton armé

perret rue franklinRestauré en 2015-2016, ce chef-d’oeuvre des frères Perret offre de nouveau aux regards ce qui fut le manifeste de la méthode Perret. L’immeuble, construit en 1904, est en béton armé. On y applique le plan libre : aucun mur n’est porteur, seuls des poteaux de béton assurent la solidité de la construction. Cette formule séduira Le Corbusier qui travaillera pendant un peu plus d’un an chez Auguste Perret en 1908-1909.
Comme on est encore aux débuts des constructions en béton armé, on estime qu’il vaut mieux recouvrir le béton, Auguste Perret s’en explique : « A ce moment, nous pensions qu’un revêtement était nécessaire pour la bonne conservation des fers ; nous les avons donc revêtus de grès flammé que nous considérions alors comme la matière indiquée, mais nous avons eu bien soin de faire ces revêtements de forme différente, suivant qu’ils s’appliquaient aux poteaux ou aux remplissages, cela pour affirmer l’ossature. » (Extraits d’une conférence prononcée par Auguste Perret à l’Institut d’art et d’archéologie, Paris, 31 mai 1933, publiée sous le titre « L’architecture », dans La revue
d’art et d’esthétique, 1-2, 1935).

La construction rationnelle doit apparaître

Les grès cérame d'Alexandre Bigot : unis sur les parties porteuses et à motifs floraux sur les parties de remplissage

Les grès cérame d’Alexandre Bigot : unis sur les parties porteuses et à motifs floraux sur les parties de remplissage

Le décor de céramique sert de protection, mais le béton nu n’aurait sans doute pas été apprécié en ce temps par les habitants et la municipalité de Paris. La distinction entre parties porteuses et remplissage est essentielle dans la pensée d’Auguste Perret; elle est ici signalée par le décor, uni sur les parties porteuses et à motifs sur les parties de remplissage. Plus tard cette distinction se manifestera par les coloris du béton lui-même lorsqu’il sera autorisé à apparaître en façade. On le voit notamment dans la reconstruction du Havre ou au Palais d’Iéna (siège du Conseil économique social et environnemental), ou encore dans l’immeuble construit autour de 1930 par les mêmes architectes 51-55 rue Raynouard, proche du 25 bis rue Franklin. Pendant plus de cinquante ans Auguste Perret a voulu que ses constructions annoncent leurs structures de façon évidente, avec la même clarté que dans les cathédrales du Moyen-Âge.
Perret rue Franklin

les pavés de verre en façade

Usant de l’évolution des règlements d’urbanisme, les frères Perret multiplient les bow-windows et installent ce qui aurait dû être la cour arrière de l’immeuble en façade : ainsi les surfaces vitrées, permises par l’ossature en béton, sont plus nombreuses.
La cage d’escalier est en fond de parcelle, côté nord, elle est éclairée par des pavés de verre du même modèle que ceux qu’on peut voir en façade au-dessus de la porte de service. Ces pavés ont été renouvelés lors de la restauration.

Une maquette permet de voir les détails de cet immeuble à la Cité de l’Architecture.

Voir aussi l’article sur le théâtre des Champs-Élysées de Perret.
Voir la fiche de l’édifice dans la base du patrimoine du XXe siècle.

La façade du 25 bis rue Franklin est visible lors de la visite Métal et Béton.